2017 : L’alibi du Programme d’abord

Martine Billard                                                                                               Une tribune de Martine Billard, secrétaire de la commission Ecologie du PG, (visible avec les commentaires sur son blog)

Lorsque la période politique est difficile, les réponses complexes, et que la mobilisation se fait désirer, nous avons tous tendance à tomber dans des discours plus creux et plus ampoulés les uns que les autres et à user sans modération de la langue de bois.

Ainsi en ce moment dans « l’autre gauche », il faut organiser du débat et de préférence un Grand débat sinon cela ne fait pas crédible. Vous avez déjà vu quelqu’un annoncer qu’il va organiser un petit débat ? Ensuite il faut prévoir des réunions, par centaines pour que cela fasse sérieux. Et ouvertes évidemment. Et pour décider quoi ? Pour discuter programme. Il faut débattre du programme en premier nous assène-t-on. Bon, mais dans quel but ? Pour définir un programme pour la présidentielle. Mais la présidentielle, avec qui, a-t-on envie de demander tout de suite ? Halte-là pas d’exclusive, nous répond-on. Le Programme, c’est fondamental.

Donc en 2012 Hollande a porté le programme du PS dans sa campagne présidentielle ? Et une fois élu, il a respecté le programme qu’il avait défendu dans sa campagne ? Il a fait la guerre à la finance, renégocié le traité européen, fermé la centrale nucléaire de Fessenheim, fait adopter le droit de vote pour les résidents étrangers etc. Non ? Passons à autre chose, l’échéance de 2017 se profile à l’horizon. Marine Le Pen peut être au second tour de la présidentielle, il faudrait donc oublier tout le reste, tous unis contre le FN. Surtout ne discutons pas du bilan de ce gouvernement, des positions assumées dans leur immense majorité par les parlementaires PS. Reconnaissons, comme nous y invite Guillaume Balas, député européen PS « frondeurs », lors des lundis du PCF, que la réorientation de la politique gouvernementale pour laquelle il s’est battu en croyant pouvoir gagner, a raté. Mais continuons quand même car nous dit-il «si on recrée du débat et de la confrontation programmatique, on crée les conditions pour faire battre les orientations du gouvernement». Là on se demande s’il est naïf ou s’il fait semblant d’y croire faute d’oser franchir le pas de la rupture. Et donc sa conclusion est logique «A la droite du PS, beaucoup de gens considèrent que nous avons peur de les affronter et que nous n’aurons jamais le courage de les inclure dans un champ démocratique pour les battre. Si aucun candidat issu du PS n’est acceptable et que le président de la République n’a pas à en faire partie, le processus de primaire sera très vite minorisé». Donc résumons, il faut une primaire avec Hollande pour le battre.

Ce à quoi P. Laurent répond «François Hollande dans la primaire, ça n’existe pas. La question, c’est est-ce qu’un processus qui s’émancipe de ce chantage se construit et permet de mettre en dialogue tous ceux qui sont à la recherche d’un nouveau projet de gauche». Et donc logiquement une délégation du PCF avec à son tête son porte-parole participera à la réunion d’organisation de la primaire demain jeudi aux côtés des représentants de la direction du PS ! Vous n’y comprenez plus rien ? Pas grave, il faut discuter du programme avant tout.

On peut aussi citer le communiqué du PCF de Montceau-les-Mines comme un exemple éclairant de l’art de la contorsion en politique : « L’objectif serait donc que tous les partis et organisations de gauche s’entendent pour désigner comme candidat une personnalité ayant clairement manifesté son désaccord avec la politique actuelle et qui pourrait rassembler un très large éventail des voix de gauche.  L’idée d’une grande primaire à gauche, « une primaire des gauches et des écologistes » n’est donc pas forcément à rejeter«. Donc le PS, qui a très majoritairement apporté son soutien à ce gouvernement, désavouerait le président sortant dans une primaire ?

Mais puisqu’on vous dit que le principal c’est le programme ! C’est la tentative désespérée de Bob Injey, membre de la direction du PCF et que j’ai appris à apprécier dans les réunions de la coordination du FG, qui essaie de nous en convaincre http://www.nice-premium.com/politique,3/robert-injey-pcf-sommes-nous-condamnes-au-pire,18427.html 

Mais au fait en 2006, les Comités unitaires antilibéraux (CUAL) avaient bien adopté les 14 et 15 octobre un programme commun à l’ensemble des forces participantes. Huit candidats s’étaient déclarés pour participer à une primaire. Et on sait comment tout cela s’est terminé : tout a explosé avec au final 3 candidats MG Buffet pour le PCF (1,93%), O. Besancenot pour le NPA (4,08%) et J. Bové (1,32%) pour les collectifs restants. Beau résultat du programme d’abord et de la primaire incontournable !

Un programme tout beau, tout neuf donc discuté entre PS, PCF, EELV, Nouvelle Donne et des intellectuels qui avaient quasiment tous soutenus Hollande au premier tour en 2012. La politique de ce gouvernement n’est pas supportable, mais on va discuter avec eux pour faire un autre programme pour 2017 ! Qui peut croire un pareil conte ? Et qu’en pensent les militants de ces différentes forces politiques ? Au PS les départs se poursuivent. EELV allume des bougies pour convaincre N. Hulot de se présenter, pas tellement pour l’écologie, mais pour ne plus avoir à se poser la question de quoi faire en 2017.

Quant au PCF, interrogé sur la déclaration de Jean-Luc Mélenchon proposant sa candidature, Olivier Dartigolles, le porte-parole, indique que cela n’a été «ni décidé, ni discuté» en commun. Ah tiens, et la participation de O. Dartigolles au comité organisateur de la primaire au côté du PS a donc été discutée et décidée en commun avec les autres forces du Front de Gauche, sans parler des militants du PCF puisque le congrès est en juin et qu’en attendant nombreux sont ceux qui protestent énergiquement, mais hélas pour eux, sans grande conséquence ? Sa déclaration comme tête de liste aux régionales ainsi que celles de Nicolas Sansu dans le Centre ou Pierre Laurent en IDF, c’est bien connu, avaient été décidées en commun au sein du FG ? En fait sa conception de la décision en commun c’est la direction du PCF décide et les partenaires applaudissent.

Imaginez un seul instant que le candidat du FG en 2012 ait été membre du PCF et ait atteint les 11%. Croyez-vous que ensuite tout aurait été fait pour l’effacer ? Que aujourd’hui le PCF ne nous expliquerait pas que c’est le meilleur candidat ?

L’article du journal l’Humanité de ce mercredi est lui aussi très significatif d’un moment où les mots ne veulent plus rien dire : «La primaire de l’alternative se précise». Ainsi aller dans une primaire avec les tenants de la politique gouvernementale serait construire une alternative ? Six ans de construction du Front de Gauche, un refus à juste titre de participer au gouvernement en juin 2012, une critique acérée, continue et allant crescendo des politiques menées par Hollande. Tout ça pour ça : pour construire un programme avec ceux qui gouvernent ? Nombreux sont ceux qui regardent sidérés cette situation, qui se pincent pour s’assurer qu’ils ne rêvent pas. Hélas, non, le cauchemar est bien là.

La direction du PCF a pris la décision d’en finir avec le Front de Gauche pour revenir à un rassemblement avec le PS sans distinction malgré les tentatives d’habillage, sous prétexte de risque FN. Or certes, le risque existe que M. Le Pen soit présente au second tour de la présidentielle. Mais faut-il pour autant abandonner tout combat 14 mois avant ? Comment peut-on faire croire à ce tour de passe-passe consistant à renverser la question : discuter programme avant de poser la question pourquoi faire ?

Et d’abord le Front de Gauche a un programme qui a réuni 4 millions de votes en 2012. Certes il est imparfait, daté, a besoin d’être révisé mais pourquoi le faire passer à la trappe, puisqu’il a été discuté et adopté en commun au sein du FG comme dirait O. Dartigolles. C’est d’ailleurs pourquoi en se déclarant disponible pour être candidat Jean-Luc Mélenchon repart de ce programme qui est notre bien commun et propose de l’actualiser et de l’enrichir.

Alors oui, la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon est dans le prolongement du Front de Gauche, par la référence à son programme l’Humain d’abord, n’en déplaise à André Chassaigne et par son contenu : le refus de la soumission au système, la lutte contre la finance, pour l’égalité, pour une autre répartition des richesses, pour la défense de notre écosystème, pour une France de paix. Aujourd’hui, nous dit Olivier Dartigolles, dans l’Humanité du week-end, «il y a un risque réel que l’idée même de gauche, du partis pris de l’émancipation, du progrès disparaisse». Hélas oui, parce que la notion de gauche aura été totalement avilie par ce gouvernement et la direction du PS. C’est bien pourquoi, en proposant de débattre avec la direction de ce parti on aggrave encore un peu plus le discrédit du mot gauche tel qu’il se développe aujourd’hui dans notre pays. L’unité dans la confusion n’amène qu’à plus de confusion et au final à la division. Pour que la lutte pour l’émancipation ne disparaisse pas, l’heure est maintenant à la clarté, à l’affirmation qu’il reste des insoumis qui ne se résignent pas à passer les plats à ceux qui viennent de discréditer l’idée de gauche pendant près de 4 ans.

Martine Billard

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