Brésil : actualités du référendum révocatoire ?

Ci-dessous une tribune de Paulo Genovese, refusant le « coup d’état blanc » qu’est en train de fomenter la droite au Brésil, pour réaffirmer la nécessité des droits du peuple à être seul à contrôler les mandats qu’il confie.

Seul le peuple peut maintenir au pouvoir Dilma Rousseff et tous les politiciens élus au Brésil ou les destituer

Manifestation à Sao Paulo : "Que les riches paient pour la crise !"
Manifestation à Sao Paulo : « Que les riches paient pour la crise ! »

Ils demandent la destitution de Dilma sur l’appréciation politique des députés fédéraux. Pour nous, les humanistes, les politiciens ne nous représentent pas. Cette forme de destitution où le peuple n’a pas de pouvoir décisionnel est un coup institutionnel; un pouvoir (législatif) laisse tomber un autre pouvoir (exécutif).

Essentiellement, la question est de savoir comment maintenir les choses telles qu’elles. Changer les gens, l’un entre et l’autre sort, ou un camp sort et l’autre camp entre et, pour eux, le peuple sert, à tout le moins, d’appui à ceux qui sont en haut, au sommet du pouvoir. Le peuple ne décide rien.

En conséquence, pour les jeunes ou le citoyen ordinaire, la politique est de moins en moins intéressante.

C’est très différent de la vie personnelle. Ils demandent la destitution de Dilma sur l’appréciation politique des députés fédéraux. Pour nous, les humanistes, les politiciens ne nous représentent pas. Cette forme de destitution où le peuple n’a pas de pouvoir décisionnel est un coup institutionnel; un pouvoir (législatif) laisse tomber un autre pouvoir (exécutif).

Pour nous, l’essentiel n’est pas de savoir si Dilma a raison ou s’est trompée, mais plutôt ce que l’on fera de la volonté populaire que la majorité de la population a exprimé légitimement en lui confiant un deuxième mandat lors des élections.

Depuis de nombreuses années, nous affirmons que seul le peuple qui a élu les politiciens devrait pouvoir les destituer. Nous ne parlons pas d’« empêchement », sinon de renonciation. Comment y parvenir ? C’est très simple : en appelant la population à voter à un référendum sur son maintien au pouvoir ou son départ (oui ou non). Et s’il y a victoire du « non », de nouvelles élections sont organisées pour que le peuple puisse élire le dirigeant de son choix.

C’est ce que l’on appelle un référendum révocatoire. Ce n’est pas écrit dans les lois brésiliennes. Ce n’est pas un mécanisme de notre invention; beaucoup de pays l’utilisent déjà pour améliorer la démocratie. Si des membres de l’opposition ou du gouvernement misaient sur la progression de la démocratie, ils envisageraient ce mécanisme.

Quand vous décidez d’un chemin à suivre, vous le faites en espérant que ce sera le meilleur choix pour votre vie. Si votre vie se gâche, vous vous arrêtez pour vous demander : où vais-je ? Cela vaut-il la peine de continuer ou vaut-il mieux changer ? Si vous décidez de changer, vous choisissez un autre chemin. Et bien que votre décision précédente se soit révélée très mauvaise et que votre vie se soit beaucoup détériorée, personne ne décide pour vous ce que vous devez faire de votre vie. À moins que vous n’ayez une incapacité ou, qu’en raison de votre âge, vous soyez encore immature.

C’est ainsi que serait, dans la pratique, le référendum révocatoire pour la vie de la société.

Pour les humanistes, le peuple n’est ni immature ni incapable. Notre conviction la plus profonde est que l’être humain est la valeur centrale, même s’il y a des hauts et des bas, des progrès et des reculs, nous croyons que l’humanité suit un chemin de croissance à travers l’histoire.

L’accusation politique portée contre Dilma

Qu’elle en est la raison ? D’après ceux qui veulent sa destitution, il y a deux raisons principales : l’incapacité à faire sortir le Brésil de la crise économique et la corruption de certains membres des partis alliés du gouvernement. C’est ce qu’ils déclarent en public. Cependant, il y a également une grande corruption au sein de leurs partis, sauf que les médias de leur secteur la dissimulent. Et les états et les villes qu’ils gouvernent ne sont aucunement un îlot de prospérité. Prenons par exemple l’état de Sao Paulo, doté du plus gros budget après celui du gouvernement fédéral. C’est un état où rien ne va : l’éducation, la santé, le transport, le logement, la sécurité, rien. On a pourtant l’impression que ça va parce que, si on peut payer, on reçoit des services de qualité et, par rapport au reste du pays, beaucoup de gens peuvent payer au moins quelques uns de ces services privés.

Le parti de l’opposition a mené trois fois le pays à la faillite quand il était au gouvernement fédéral. Non pas une, ni deux, mais trois fois. Ils étaient derrière l’internationale de l’argent pour payer les comptes, et les sociétés d’État se vendaient à des prix d’aubaine.

En conclusion, l’incompétence et la corruption existent partout.

Mais il n’est pas question d’incompétence ni de corruption; ce sont des prétextes pour exploiter le sentiment d’indignation de la société.

Ils essaient de tromper la société, parce que ce qui les intéresse en réalité c’est de mettre la main sur la clé du plus gros coffre fort : celle du gouvernement fédéral. Et pour la quatrième fois, le PT a remporté cette clé. Il a remporté des élections avec la majorité des suffrages exprimés, comme le veut la loi du Brésil.

Dilma a remporté les élections et, comme présidente, elle a trahi ses promesses électorales. Elle a donné à un banquier le contrôle de l’économie, a réduit les droits et les investissements sociaux, a maintenu les profits immoraux des banques et des systèmes financiers en général, au moyen d’intérêts et d’impôts très faibles pour ce secteur. Heureusement, elle a maintenu la politique d’augmentation du salaire minimum et l’élimination de l’extrême pauvreté.

Le problème, c’est que la trahison de Dilma est aussi la trahison de la majorité des élus. C’est-à-dire qu’en destituant Dilma, rien ne garantit que son remplaçant ne commettra pas une trahison semblable ou pire. Comment veiller à ce que les promesses électorales aient force obligatoire et à ce qu’un manquement à ces promesses entraîne des conséquences pour la personne élue ? S’il n’y a pas de sanction et si la population doit attendre quatre ans avant de pouvoir faire des changements, alors voter pour quelqu’un n’a aucun sens parce que rien ne changera, et le sort de la population continue de reposer dans les mains des vainqueurs. Les seuls moyens de faire en sorte que les politiciens soient obligés de tenir leurs promesses sont : un référendum obligatoire au milieu du mandat, comme nous l’avons déjà mentionné; et aussi une loi sur la responsabilité politique, une autre proposition des humanistes, pour obliger les politiciens à tenir leurs promesses et pour qu’ils puissent être destitués en cas de manquement.

Le mal transparent

Le Brésil vit une période de tension extrême; les crises économique et politique créent peu à peu un malaise croissant. Beaucoup de personnes ne peuvent supporter cette tension et souhaitent une solution rapide, à n’importe quel prix. Il y a des gens assez fous pour souhaiter une intervention militaire et des collègues qui prennent des « selfies » ridicules où on les voit en donnant l’accolade à des gendarmes. Ce sont ceux qui souhaitent recourir à la force pour régler la situation. Ils n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire et ne veulent pas en avoir, mais ils se targuent d’imaginer l’autoritarisme (parce qu’ils sont assez naïfs pour croire qu’ils n’en seront pas affectés). Il y a aussi les cyniques, en plus grand nombre, qui sont indignés par la corruption de certains membres du PT, mais qui ne se préoccupent pas de la corruption des membres de l’opposition. Quand on les voit dans les rues, et qu’ils sont des centaines de milliers de personnes dans un pays de plus de 200 millions d’habitants, ils font partie du groupe des 10 % les plus riches du pays. Ils sont le groupe préféré des médias et de la publicité télévisée, les consommateurs à revenu élevé. Sans eux, les médias (revues, journaux, télé) ne feraient pas d’argent. Les cyniques ne souhaitent pas un changement véritable, parce qu’ils tirent profit du système actuel. Ils veulent une apparence de normalité et ils ont le sentiment que leur situation est garantie. Cette situation est loin d’être vulnérable en termes économiques ou de droits civils. En général, ils ne connaissent pas la pauvreté et sont indifférents à la pauvreté et à l’injustice sociale, car l’argent leur fait croire que rien ne les affecte.

Nous disons depuis longtemps qu’il y a une désorganisation totale de la société, en particulier des institutions qui furent des références solides au siècle dernier. La manière comme ce système est organisé n’est plus utile. Les personnes constatent le mensonge de la politique et la propagande dans les médias, et même l’État va encaisser des coups durs. C’est une crise prolongée. Elle pourrait se transformer en une occasion de parvenir finalement à la démocratie directe, où la population a plus de pouvoir, que ce soit au moyen de référendums ou de consultations populaires contraignantes.

Rien ne peut changer si ce changement provient des mêmes puissances, institutions, individus et organisations qui prennent la majorité des décisions. Tel est le cas des sauveurs de la patrie, comme les juges, qui piétinent la loi pour servir leurs propres intérêts; ou des médias de communication de masse, qui opèrent sans contrôle, empoisonnant les esprits et les cœurs. Ce ne devrait pas être non plus le cas des militants qui, par le passé, se sont donné à fond pour faire avancer la société, mais qui veulent arrêter l’histoire à ces conquêtes passées au lieu de continuer à lutter pour de nouvelles façons de surmonter la dégoûtante concentration de pouvoir et de richesse. Une concentration qui est un mal transparent qui ne s’empêche pas de recourir à n’importe quel moyen violent pour maintenir la situation telle qu’elle est.

Traduit de l’espagnol par : Silvia Benitez

 

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