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Mandres : chronique d’une réoccupation !

Les impressions rédigées par Mireille, les photos prises par Jean-Marc, en balade à Bure avec Reynald… Merci camarades !

« S’ils nous expulsent, on reviendra ! ». C’est ce que déclarait un flyer qui nous avait été remis lors d’une précédente visite à Mandres ; une Gazette éditée par les Résistants ⃰ précisait même la date de ce retour dans la forêt, le 16 juillet, ainsi que l’heure du rendez-vous et le détail de la « manif de réoccupation » organiséWP_20160716_11_38_51_Proe par les militants : départ à 11h de la Maison de la Résistance à Bure, direction entrée Sud du Bois Lejuc, de l’autre côté de cette butte. Il fait très beau et très chaud ; ça monte dur et pas un cm2 d’ombre…

WP_20160716_12_00_51_ProIl est midi quand on arrive au sommet de la butte. Un échange courtois, mais ferme, s’engage entre une militante locale « responsable ⃰» et deux manifestants venus de Mirecourt avec des autocollants et des drapeaux PCF  ⃰, qu’ils vont, finalement, accepter de ranger. Prises de parole : on nous donne des consignes : constituer dès maintenant des binômes ou des trinômes pour ne jamais se retrouver seul-e ; on nous indique le nom de l’avocate à contacter en cas d’arrestation et on nous précise que, parmi les manifestants, se trouvent des « médics » (dont on nous donne le numéro de téléphone) à appeler si on a besoin de soins ; enfin, dernière info : la cantine sera installée à l’entrée Nord.
WP_20160716_12_53_43_ProQuelques centaines de mètres sur terrain plat et on aborde la descente. Plus facile que de grimper mais, dès qu’on aperçoit l’entrée Sud, on comprend que l’accueil qui nous est réservé sera chaud mais pas chaleureux…

WP_20160716_13_14_41_ProLes gendarmes sont beaucoup moins nombreux que les manifestants mais beaucoup mieux armés et, après nous avoir sommés, en vain, de nous arrêter, c’est l’échange gaz lacrymo contre pierres qui s’engage. Reynald nous a équipés de masques, une militante va de groupe en groupe pour proposer du jus de citron : on en imprègne l’intérieur du masque, ce qui le rend très efficace ; je remonte mon foulard PG jusque sous mes lunettes pour protéger mes yeux, mais ça pique quand même. Beaucoup de militants s’agenouillent face contre terre, dans le chemin ou, mieux, dans les blés qui le bordent. La situation semble figée ; aussi, la manif va se diviser en deux groupes : ceux, dont nous trois, qui restent devant l’entrée Sud et ceux qui décident de rejoindre l’entrée Nord à travers le champ de blé ; on voit alors des gendarmes se déployer le long de la lisière du bois et on imagine qu’il ne leur sera pas plus facile qu’ici d’entrer dans la forêt.

WP_20160716_13_31_38_ProCommence alors une très longue attente. Les gendarmes bloquent l’entrée d’un chemin qui longe la forêt acquise par l’ANDRA a minima de façon contestable et contestée par les Résistants, voire en toute illégalité ⃰ ; un habitant de Mandres leur explique que ce chemin appartient à la commune, qu’on ne peut pas nous en interdire l’accès ; il lui est répondu que l’ordre leur a été donné par la Préfecture…dans le cadre de l’état d’urgence ! Le soleil est au zénith et je jette des regards d’envie vers ce chemin ombragé mais interdit.
Soudain, le miracle : sans un mot d’explication, tous les gendarmes s’en vont ; l’accès au chemin communal est désormais libre et les militants s’y engouffrent aux cris de : « On a gagné ! » WP_20160716_14_25_07_ProNouvelle division des manifestants : quelques-uns trouvent tout près un coin où s’asseoir, beaucoup remontent le chemin vers l’entrée Nord et la cantine ; quant aux  Résistants venus réoccuper la forêt, ils traversent le fossé et le talus qui séparent le terrain communal de la « propriété de l’ANDRA » …

WP_20160716_14_29_44_Pro…et se retrouvent face à la milice de l’ANDRA. A peu de choses près, on pourrait les prendre pour des gendarmes : mêmes casques, boucliers semblables à ceux de la police grecque , ils ne craignent ni les pierres, ni les bâtons des Résistants ; je ne peux pas affirmer qu’ils ont des armes à feu mais, en revanche, je les ai vus manier le gourdin sans retenue pour expulser ceux qui viennent réoccuper la forêt, même pas gênés par les caméras de France Télévision… Ils ont l’habitude et savent bien que ce ne sont pas ces scènes que le service public de l’audiovisuel va diffuser ! Retour des gendarmes quand les heurts deviennent trop violents. Nous, on se demande s’il n’y a pas comme une entente tacite entre les services d’ordre d’Etat et la milice privée pour se partager le sale boulot et je (me) dis que, lorsque l’Etat aura signé le TAFTA, on entrera de plain-pied dans ce monde de la police privée et de la justice privée.

L’après-midi se déroule dans cette alternance de moments paisibles (pendant lesquels j’ai l’occasion d’échanger avec des militants : je vous en rendrai compte dans un prochain message) et de reprise des hostilités ; puis les manifestants venus soutenir la réoccupation quittent les lieux, par petits groupes. On allait en faire autant quand, vers 19h, les gendarmes reprennent l’offensive et, de nouveau, on a droit aux gaz lacrymogènes, prélude à une entrée musclée dans la forêt pour procéder aux expulsions. C’est alors que Reynald se plante devant six d’entre eux, fermement décidé à déjouer leur projet de « cueillir » un Résistant planqué dans la lisière. Il va rester là …un certain temps, ne voulant pas « lâcher » un centimètre aux représentants des puissants.
Quand nous reprendrons le chemin du retour, nous croiserons des petits groupes de Résistants qui regagnent la forêt pour y passer la nuit.

Notes  ⃰ :
Les « Résistants » : Même pour éviter les répétitions, je ne les nommerai pas « Zadistes » ; ils refusent cette appellation sans pour autant mépriser les luttes contre l’aéroport. Ils étaient d’ailleurs invités d’honneur au weekend des 9 et 10 juillet à NDDL et, en retour, un car de 47 Nantais est venu les soutenir ce 16 juillet.
Une « responsable » : les guillemets signalent simplement que les occupants Résistants ne se sont pas donné de chefs, que tout ici est décidé démocratiquement en plénière chaque soir dans la Salle à Mandres…
Les drapeaux PCF (ou autres) n’ont pas droit de cité ; les Résistants refusent tout soutien politique officiel et craignent avant tout la récupération.
L’illégalité de cette acquisition de la forêt par l’ANDRA : en janvier 2013, la population avait refusé l’offre de l’ANDRA d’échange de cette forêt contre 350 ha d’autre forêt et promesse d’emplois et de recettes fiscales. En  juillet 2015, le maire a réuni un Conseil municipal en catimini, à 6h du matin pour répondre positivement à l’offre de l’ANDRA, au mépris du choix des habitants.

Lire en plus, sur le blogs de Mediapart, Street Medic Paris : plus Bure sera leur chute…, communiqué de presse de équipes médicale et juridique du mouvement d’occupation du Bois Lejuc sur les violences subies par les manifestant-e-s dans le cadre de la lutte contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires CIGEO.

Lire aussi, sur EclairCit, l’article que Rémy Dufaut consacre à Ce qui se joue à Bure.

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