Editorial : Confusion des genres… (marche de soutien à l’usine Allia)

michel-5Michel Bach

Co-secrétaire départemental

Ce fut une manifestation difficile… au point que certains camarades ont, le coeur lourd, préféré s’abstenir, après avoir fait le déplacement…

Comment en effet soutenir la mobilisation de salariés quand la marche qu’ils organisent rassemble élus de droite… et d’extrême-droite !

On peut penser après tout que l’émotion, le souci de l’autre, la volonté du bien-être collectif (après tout les raisons d’être de l’action politique) devraient l’emporter sur les clivages partisans… Mais faut-il pour autant oublier que la situation dramatique dans laquelle se trouvent les salarié(e)s d’Allia est le résultat des politiques menées par celles et ceux qui arboraient leur bannière tricolore comme seul argument ?

Qu’avons-nous entendu en effet ?

une conseillère générale qui nous a annoncé que l’on se réunissait beaucoup : pour quoi ? quelle proposition concrète ?
un vice-président de région se gargarisant d’une région de cinq millions d’habitants, donc  avec qui le groupe Geberit allait devoir compter … Ne s’est-il pas rendu compte, ce cher monsieur, que le premier résultat évident pour cette ACAL qui le fait encore plus baron qu’hier, c’est la prédation d’Alstom au détriment d’une autre région de France ? Plus besoin de délocaliser au Portugal, en Pologne ou en Chine… Nos oligarques vont pouvoir jouer des muscles entre eux, mais c’est le peuple de France qui sera KO.
un député qui fait mine de découvrir le monde, en se demandant comment il est possible qu’on ferme une usine rentable, qui «n’est pas là pour faire un discours politique», mais qui n’hésite pas à ratisser à tout vent en mettant l’humain au centre de l’action politique, en se faisant un ennemi personnel d’un ministre (ça vous pose un homme) et enfin en enchaînant une longue tirade sur les faiblesses structurelles de l’Europe !

Cette Europe-là dont les Français n’avaient pas voulu en 2005 et que Monsieur Sarkozy a réintroduit par la petite porte avec le traité de Lisbonne… l’Europe du dumping social et de l’austérité…

Mais le mieux, c’est que ce monsieur-là, en plus d’être député, est philosophe, et en grec s’il vous plaît… Ainsi de voir dans cette situation une manifestation de ce que les anciens Grecs appelaient hubris (*)… On se serait volontiers contenté de «démesure», et on aurait surtout voulu que ce grec-là ne cache pas l’absence d’une analyse économique…

Car Allia, c’est le monde du capitalisme sans limite, celui de la loi travail qui aurait dispensé le groupe Geberit de créer les difficultés économiques de l’entreprise pour justifier son plan de licenciements…

Car Allia, c’est le monde du capitalisme mondialisé, qui transporte à tout va au détriment de la planète, au mépris de l’intérêt bien compris de l’humanité…

A cette frénésie, nous voulons, avec Jean-Luc Mélenchon, imposer le temps long de l’humanité, et arrêter la course à la spéculation : c’est pourquoi nous voulons «diminuer, à l’intérieur de l’entreprise (…) les droits et les pouvoirs de vote [des actionnaires] qui ne prennent pas d’engagements sur la durée de leur placement.» (Des paroles et des actes, 25 avril 2016)  et empêcher les licenciements illégaux par un droit de veto suspensif des comités d’entreprises.

A ce grec poussiéreux, langue morte de cuistre en goguette, on préférera la réponse de nos amis Grecs d’aujourd’hui : solidarité (*) dans la crise qui les submerge et dont sont responsables les Monsieur Dhuicq et consorts, même avec celles et ceux qu’une Europe riche se refuse d’accueillir…
C’est de cette solidarité là, celle du peuple en lutte, dont les salariés d’Allia ont besoin.

(*) ϋϐρις, αλληλεγγύη

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